La lune éclairait de ses pales rayons le seul occupant de la chambre 365. Tout était calme dans l'internat. Seul quelques surveillants patrouillaient encore dans les couloirs sombres lorsque l'on entendit sonner dans le bureau du concierge qui était malheureusement partit depuis déjà quelques heures.
Ce ne fut que par hasard qu'un pion fut emmené à chercher le dossier de répartition des chambres dans ce même bureau et qu'il entendit ainsi la personne qui s'obstinait au portail de l'établissement.
Sur le coup, il fut prit de doute quand à la nature de l'intrus, mais voyant grâce à la caméra les deux lourdes valises qu'il tenait derrière lui, le surveillant préféra aller voir l'adolescent.
-Bonjours, je peux t'aider ?
-Je suis nouveau, San Jarg, on m'a inscrit ici il y a un peu plus d'un mois...
-Suivez moi, je vais chercher votre dossier, fit le pion en ouvrant le portail.
L'adolescent ne se le fit pas dire deux fois. Il se languissait plus que tout d'atteindre un endroit chaud et de poser ses valises. Il suivit donc le surveillant à travers un grand parc couvert de gazon que la fraîcheur de la nuit avait humidifié, admirant l'espace plat, planté de quelques chênes de ci de là, puis ils arrivèrent, au grand soulagement de l'étudiant, dans un hall de belle taille avec, en son centre, un escalier immense qui menait aux chambres.
Le surveillant s'arrêta devant le comptoir de l'accueil et repris le dossier de répartition des chambres qu'il avait laissé là.
-On t'as déjà attribué une chambre? Demanda-t-il distraitement.
-Euh... non, il ne me semble pas...
Le pion continua donc de chercher, dans la liste des élèves, des garçons qui n'aurais pas de colocataire, mais la tâche s'avérait compliqué.
-T'es en quelle classe? Questionna-t-il, plus par curiosité que dans l'espoir que cela lui apporte une quelconque facilité dans ses recherches.
-Première, mais on ne m'a pas encore envoyé dans une classe précise.
-Oh, ça règle mon problème de chambre mais par contre, pour toi, c'est
pas terrible...
San, qui commençait à imaginer des scénarios tous plus catastrophiques les uns que les autres, avait pris, sans s'en rendre compte, une teinte qui effraya quelque peu le surveillant.
-Ça va? Tenta-t-il.
-Hein? Euh... moi? Oui, oui, ça va... mais c'est quoi le problème?
-Et bien.. C'est ton colocataire... Au début de l'année, il partageait sa chambre avec un autre garçon de sa classe mais celui-ci a du partir pour des raisons personnelles. On n'a jamais su ce qu'il avait. Toujours est-il que Link ne l'a pas très bien pris, il était très proche de Jan. En fait, bien que nous, les surveillants, n'ayons jamais su les causes de son départ, on a toutes les raisons de croire que Link les connaissait...
Ils se disaient tout ces deux là ! Pire que des frangins ! De vrai inséparables ! C'est pour cela que nous avons toujours évités de mettre d'autres personnes avec Link... mais à priori, on n'a plus vraiment le choix...
Essaye de te faire discret. Si il y a une chambre qui se libère, je te le dirais.
En tout cas, ne te braque pas contre lui. Ça sera certainement plus dur pur lui que pour toi... même s'il ne laisse rien paraître...
Bon, sinon, c'est tout pour le moment. Je vais te monter tes valises par l'ascenseur. Ta chambre, c'est la 365. Il ne te reste plus qu'a aller faire connaissance avec les lieux, et si tu as de la chance, avec ton colocataire ! Termina-t-il sur une note qui se voulait plus joyeuse.
Suivant les directives du surveillant, San monta les grands escaliers de colimaçon jusqu'à troisième étage . Deux longs couloirs aux murs jaune orangés s'étendaient sur sa droite et sur sa gauche.
Par instinct, il pris celui de gauche, et ce n'est qu'une fois arrivé au bout du couloir qu'il vit enfin la chambre 365. Malheureusement, il se rendit compte, mais un peu tard, qu'il n'avait pas les clefs et qu'il était donc contraint à attendre un surveillant qui ne décida de montrer le bout de son nez qu'une dizaine de minutes plus tard avec, sur le visage, l'air malicieux du renard qui a fait une belle farce. San fronça les sourcils, se voulant fâché, mais il n'était pas aussi bon acteur que le pion et son sourire fini, au bout de quelques secondes, par le trahir.
Le surveillant sortit alors un trousseau de clef de sa poche et retira l'une d'elle de l'anneau de fer qui la maintenait attaché aux autres, avant de la tendre à San. celui-ci ouvrit enfin la chambre, anxieux, mais il se calma bien vite en apercevant son colocataire profondément endormi. Les présentations allaient attendre le lendemain, pour son plus grand bonheur !
Il tira ses valises jusqu'au lit qui se situait sur sa droite, en face de celui de Link, fit un bref signe de la main au pion qui repartait, puis, une fois vêtu d'un simple boxer, se coucha.
Le lendemain, c'est un brutal coup de pied dans le matelas qui le réveilla.
- Qu'Est-ce que tu viens faire dans ma piaule toi ? Puis d'abord, t'es qui ? Puis c'est quoi toutes ces valises ? Ils ont pas intérêt à me collé un coloc' ceux là !
- Hum... je... Pardon ?
San, qui n'était pas encore totalement éveillé avait eu du mal à suivre le monologue de Link et celui-ci, devant le manque de réaction flagrant du brun, décida d'employer la manière forte: il se dirigea vers son réveil, le régla de façon à ce qu'il sonne quelques minutes plus tard et le posa délicatement sur l'oreiller, tout près des oreilles de San.
Deux minutes plus tard, alors que Link prenait tranquillement sa douche, le réveil, comme il l'avait prévu, vrilla les tympans de San, le réveillant en sursaut et de très mauvaise humeur.
- LIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINK !!!
L'interpellé étant sous l'eau à cet instant, il n'entendit rien et son silence calma légèrement San qui avait pris cela pour une ébauche d'excuse.
Quelques minutes plus tard, Link sortit de la douche, laissant sa place à San, et prépara ses affaires de cours de la matinée puis, soudainement pris d'une envie de s'excuser (réelle, cette fois ci), il pensa faire le sac de son colocataire mais celui-ci l'avait déjà préparé.
-Bah... d'un coté, c'est mieux comme ça... murmura-t-il pour lui-même.
J'aurais eu l'air de quoi moi, si je l'avais aidé de mon propre chef ?
-Aider qui? Fit San, qui venait de sortir de la douche.
-Personne.
Devant le ton froid de Link, San comprit que son colocataire n'avait pas trop envie de parler et plutôt que de le rendre encore plus agressif en insistant, il préféra prendre son sac de cours et descendre au self pour prendre son petit déjeuné.
-Eh ! Attend moi ! Tu va te perdre si tu essaye d'aller au self tout seul.
San ne protesta pas, bien que la phrase rassembla plus à une vanne qu'a quelque chose de sérieux et laissa passer Link devant pour pouvoir le suivre.
-Euh... au fait, moi c'est Link. Désolé de mettre emporté tout à l'heure mais on va dire que comme surprise, au réveil, y a mieux qu'un coloc'. Enfin... C'est pas contre toi, termina-t-il plus bas.
-Bah, c'est pas grave ! Moi je m'appelle San. Mais sinon, c'est vraiment compliqué d'aller au self ou tu te payait ma tête?
-Non, je me foutait pas de toi. Normalement, quand on arrive, en 6ème, on nous donne un plan de la classe, mais comme t'es en première, ils compte sur moi pour te guider ! Heureusement que je suis pas du style à te laisser te démerder ! Je me suis trop perdu quand je suis arrivé ici, en 5ème, pour te laisser dans la même galère ! Mais bref ! Ce qui est compliqué c'est les couloirs. Ils conduisent tous à une des salles qui sont dehors. Il y a la salle principale avec les chambres et les cours de langues, d'histoire géographie et d'éducation civique, le self, les trois préaux, la salle de science, celle d'art pour la musique et l'art plastique et en dernier, l'amphithéâtre dont on se sert pour les réunions et lorsque il y a des représentations de ceux qui font théâtre en option. Voilà, je crois que j'ai fais le tour ! Dit-il en s'engageant dans un long couloir sur sa gauche. Pour aller dans toutes ces salles, il y a deux couloirs principaux qui ont des ramifications et à chaque ramification correspond une salle.
-Ok. Je crois que je vais te suivre encore longtemps alors, parce qu'avec mon sens de l'orientation très réputé, je risque de me perdre encore dans un mois, fit San, en riant.
-J'espère pas, répliqua Link. Ne crois pas que j'ai envie de devenir ton ami, ça serait un très grosse erreur. Je ne te guide que par pitié et si je suis sympa c'est parce que je n'aime pas me prendre le chou pour rien.
Le ton était redevenu froid. Aucune hésitation ni dans les mots ni dans la voix. Ce qu'il disait, il le pensait, et cela avait étonnement déstabilisé San qui s'était pris à penser qu'ils pourraient peut-être devenir amis.
A la suite de cela, un lourd silence s'installa entre les deux adolescents mais il fut vite rompu par l'arrivé d'un blond à la carrure impressionnante.
-Salut ! S'exclama-t-il.
Puis, se tournant vers San, il ajouta:
-T'es nouveau?
-Moui... répondit San, gêné que l'arrivant lui prête plus attention qu'a Link.
-Bon, vous mangez avec nous? Les autres sont déjà au self !
-Ouè... répondit Link.
Les trois garçons se dirigèrent donc vers le self, au bout d'un des deux longs couloirs principaux puis rejoignirent une vingtaine d'élèves déjà attablés, au fond de la salle.
-Loup, pousse toi un peu s'il te plait. Il faut une place de plus, fit le blond.
L'interpellé lui lança un regard noir qui valu un sursaut à San. En effet, il y avait de quoi être surpris. Loup, au lieu d'avoir des yeux bleu, vert, ou marron, avait de magnifiques prunelles de la même couleur que celle de l'animal qui lui avait valu son surnom.
-Non, ce ne sont pas des lentilles. C'est un défaut de naissance, précisa-t-il en se tournant vers San.
Bon, Max, je me met où moi ? Reprit-il pour le blond.
Max ne répondit pas et après avoir fait de la place sur son plateau en poussant ses assiettes dans un coin, il prit celles de Loup et les mit dans l'autre coin puis s'assit sur sa chaise. Loup, qui avait compris le manège (ce n'était pas la première fois que Max agissait ainsi) s'assit sur les genoux de Max, libérant ainsi la place manquante.
-Ben assied toi !
San pris donc la place que lui avait laissé Loup tendit que Link s'asseyait à l'autre bout de la table, entre deux amis pris dans une passionnante discussion sur les différentes équipes de rugby et leurs chances respectives d'aller en finale mondiale.
-Alors, t'es le nouveau coloc' de Link ? Demanda Loup.
-Oui... il a l'air super content ! Enfin, qu'il soit pas content d'avoir un colocataire, je peux le comprendre ... mais il change tout le temps d'humeur. Il fait celui qui me supporte pas puis après il fait comme si on était amis et au final il me dit qu'on sera jamais pote et qu'il m'aide juste par pitié... je comprend plus rien ! avoua San.
-Max, je crois que c'est à toi de lui expliquer ! T'es plus au courant de tout ça que moi.
Max approuva d'un signe de tête et se tourna vers San.
-Je sais pas si tu es au courant, mais avant toi, Link avait un autre colocataire, Jan. Ils étaient très proches l'un de l'autre mais malheureusement, Jan a du partir. Peut de personnes savent pourquoi. Pour dire vrai, dans l'internat il n'y a que moi, Link et le directeur qui sommes au courant de tout, mais puisque tu as pris la place de Jan, je pense que tu as aussi le droit de savoir. Ça t'expliquera certainement beaucoup de choses par rapport au comportement de Link.
En fait tout a commencé il y a un peu plus de deux mois: Le père de Jan, qui travaillait dans une société de transport alimentaire, a eu un gros accident et c'est retrouvé à l'Hospital, dans le comas. Comme il y avait un espoir de rétablissement, la mère restait au chevet de son mari, mais son état s'est aggravé et il a fini par mourir. Ca a était très difficile, autant pour la mère que pour Jan qui c'est alors raccroché à Link. Ils étaient déjà extrêmement proche avant cela et s'étant encore rapprochés, on pouvait considérer leur relation comme fraternelle et plus simplement amicale, mais la mère de Jan, n'arrivant pas à accepter la disparition de son mari, a décidé de déménager, enlevant ainsi à Jan son grand frère et son seul lien avec la vie. La séparation a été très dure, autant pour Jan que pour Link, et finalement, Jan s'est suicidé. Link a tout pris sur ses épaules et
s'est considérablement renfermé. Le fait est que la mort de Jan remonte à moins d'un mois et ton arrivé a complètement bousculé Link qui ne veux certainement pas t'accepter par rapport à Jan mais qui ne peut quand même pas être totalement indifférent à toi. T'accepter reviendrais à accepter la mort de Jan, c'est pour cela qu'il te repousse et puis s'excuse avant de te repousser encore, termina Max.
-Mouè... je... désolé de vous avoir fait vous pousser et tout pour rien mais finalement, j'ai pas très faim. Je préfère retourner dans ma chambre, fit San, avec un pâle sourire.
Le brun se leva donc, rangea son plateau dans les emplacements prévus à cet effet et repartit vers sa chambre. Une fois arrivé à destination, il ouvrit sa plus grande valise, poussa quelques serviettes et en extirpa un lourd étui du quel il sortit une guitare, banale mais jolie. Puis, après avoir soigneusement refermé la boite,il s'assis sur son lit et joua quelques mélodies.
Il avait du en passer une dizaines lorsque Link arriva.
-SOS d'un terrien en détresse... murmura-t-il avant de s'allonger sur son lit avec un livre, dos à San qui continuait de jouer en boucle la chanson.
-San, c'est pas que je l'aime pas cette chanson, mais si tu pouvais arrêter de la jouer cinq minutes ça serait sympa... fit Link, d'une voix légèrement cassée.
-Ok, répondit San en passant à une autre mélodie.
-Putain... Tu le fait exprès ! s'exclama Link, a bout de nerf. Maintenant c'est « Untitled» et la prochaine c'est quoi ? « Sad day » ?
-Link, calme toi...
-Non mais en plus faut que je me calme ! Tu te pointe ici alors qu'on m'a même pas prévenu, tu te permet de scouater mes potes, et en plus tu joue toutes ses chansons préférés et il faut que je reste calme ! Mais tu te fout de qui là !
Des larmes de rages coulaient à présent sur les joues du brun.
Personne n'avait le droit de vouloir sa place ! Personne ! Et encore moins de jouer les mélodies qu'il avait joué dans cette même chambre, un peu plus d'un mois au par avant ! Sans que Link ne s'en aperçoive, San avait laissé sa guitare et s'était rapproché jusqu'au bord du lit, à côté de son colocataire. Comment pouvait-on se permettre de prendre la place des autres ? Pourquoi était-il partit ? Et pourquoi ces larmes coulaient sans qu'il
puisse les retenir? Pourquoi était-il soudainement si faible alors qu'il était si froid et si distant d'habitude ? Et pourquoi est-ce que quelqu'un lui caressait le dos ? QUI lui caressait le dos ? Link se retourna brutalement, reprenant conscience de son environnement et surtout, de San, car c'était lui qui tentait de le réconforter !
Il se leva d'un bon et sortit de la chambre en claquant la porte.
San, un peu surpris resta quelques instants seul sur le lit mais il se reprit bien vite et partit derrière Link.
Celui-ci était déjà dans le parc lorsque San l'aperçu et plutôt que de lui courir après, ce qui n'aurais servie à rien vu l'état de colère dans le quel il était, San préféra se caler contre la grande porte vitrée du hall, le regardant traverser le parc avec son air fier,froid et distant, comme si rien ne pouvait le toucher, et pourtant...
Il s'était construit une carapace qu'il pensait solide mais en fait, elle était pleine de failles. Il suffisait de trouver une de ces fragilités et tout s'effondrait... il venait d'en avoir la preuve ! Après presque un quart d'heure, San se décida à aller voir Link qui était maintenant assis sur la branche d'un chêne, le dos appuyé contre le tronc de l'arbre, à l'abri des regards indiscrets.
-Link ? Je peux... savoir... pourquoi... tu t'es ...énervé comme ça... tout à l'heure ? articula San, à bout de souffle à cause de l'escalade du chêne.
-Qu'Est-ce que tu fait encore là toi ? Tu voudrais comprendre des choses que tu ne peux pas comprendre... Tu fait partie de ses gosses qui ont étaient gâtés à en crever par des parents trop protecteurs et qui ne savent pas ce que c'est que de perdre un être cher ! Tu fait partit de ces gosses qui se crois tout savoir alors qu'ils ne savent absolument rien,. Ni ce qu'est la peine ou ni ce qu'est la culpabilité et qui n'ont aucune idée de ce qu'est la mort ! T'es qu'un pauvre fils de...
Link n'eu pas le temps de finir sa phrase que la main de San était venu violement claquer sa joue.
-Ne traite jamais ma mère de quoi que ce soit ! Je sais ce qu'est la mort ! Je sais ce que l'on ressens lorsqu'on pers un être cher et la culpabilité, je la connais aussi ! J'ai perdu ma mère quand j'avais huit ans ! Elle aussi s'est suicidé ! Et c'était ma faute ! Elle est devenu dépressive à ma naissance, elle a tenue huit ans et elle a fini
par m'abandonner ! Alors oui, je sais ce que ça fait tout ça et c'est pas une raison valable pour traiter les gens comme des chiens !
A cet instant, ils étaient deux à pleurer. Pour les mêmes raisons, mais pas pour la même personne... Quelques minutes plus tard, Link s'était un peu calmé, ce qui n'était pas le cas de San qui n'avait toujours pas décoléré.
-San, on devrait rentrer, il commence à faire frais, tenta Link.
-Depuis quand tu t'intéresse aux autres toi ? Rétorqua le brun, tout en grelottant.
Link souri au regard noir que le avait envoyé San et voyant à quel point il grelottait, lui passa son blouson, puis descendit de l'arbre.
Lorsqu'il revint, peut de temps plus tard, il avait lui aussi un blouson et avait rapporté au passage un quatre quart au citron.
-T'en veux ? Demanda-t-il.
-Mouè...
Link coupa deux parts de gâteau et en donna une à San qu'il mangea
sans attendre.
Un sourire, un regard,des disputes oubliées...
Voilà le premmier chapitre ! Dites moi ce que vous en pensez !!!!